Nom de la loi

Loi Manilia (pl.sc.) confiant à Pompée le commandement de la guerre contre Mithridate et Tigrane ainsi que les provinces de Pamphylie et Cilicie

Date

66 av. J.-C.

Thèmes

Sources

Cic., pro Corn., I, fr. 18 P. (ap. Asc., p. 52 St.)
Nam cum is tr. pl. duas leges in eo magistrate tulisset, unam perniciosam, alteram egregiam: quod malum uisum est rem p. non laesit, sed ab illo tr. abiectum est, bonum autem, quod excogitauit de summa re p., manet et † in uestri ordina... dis fuit.
 - Cic., Phil., 11, 18
De Cn.Pompei imperiis, summi uiri atque omnium principis, tribuni pl. turbulenti tulerunt.
 - Vell., 2, 33, 1
Manilius tribunus plebis, semper uenalis et alienae minister potentiae, legem tulit, ut bellum Mithridaticum per Cn. Pompeium administraretur. 2. Accepta ea magnisque certatum inter imperatores iurgiis
 - Ascon., p. 53 St.
Dictum est iam supra de his legibus quas nunc significat : una de libertinorum suffragiis (…) altera de bello Mithridatico Cn. Pompeio extra ordinem mandando, ex qua lege tum Magnus Pompeius bellum gerebat.
 - Quint., inst. or, 2, 4, 40
Nec me fallit eas quoque leges esse quae non in perpetuum rogentur, sed de honoribus aut imperiis, qualis Manilia fuit, de qua Ciceronis oratio est.
 - Plut., Luc., 35, 9
τοὺς δ᾽ ἄλλους ἐκάλει διὰ γραμμάτων Πομπήιος: ἤδη γὰρ ἀποδέδεικτο τοῦ πρὸς Μιθριδάτην καὶ Τιγράνην πολέμου στρατηγὸς χάριτι τοῦ δήμου καὶ κολακείᾳ τῶν δημαγωγῶν,
 - Plut., Pomp., 30, 1-2
1. γράφει νόμον εἷς τῶν δημάρχων Μάλλιος, ὅσης Λεύκολλος ἄρχει χώρας καὶ δυνάμεως, Πομπήϊον παραλαβόντα πᾶσαν, προσλαβόντα δὲ καὶ Βιθυνίαν, ἣν ἔχει Γλαβρίων, πολεμεῖν Μιθριδάτῃ καὶ Τιγράνῃ τοῖς βασιλεῦσιν, ἔχοντα καὶ τὴν ναυτικὴν δύναμιν καὶ τὸ κράτος τῆς θαλάσσης ἐφ᾽ οἷς ἔλαβεν ἐξ ἀρχῆς. 2. τοῦτο δ᾽ ἦν ἐφ᾽ ἑνὶ συλλήβδην γενέσθαι τὴν Ῥωμαίων ἡγεμονίαν ὧν γὰρ ἐδόκει μόνων ἐπαρχιῶν μὴ ἐφικνεῖσθαι τῷ προτέρῳ νόμῳ, Φρυγίας, Λυκαονίας, Γαλατίας, Καππαδοκίας, Κιλικίας, τῆς ἄνω Κολχίδος, Ἀρμενίας, αὗται προσετίθεντο μετὰ στρατοπέδων καὶ δυνάμεων αἷς Λεύκολλος κατεπολέμησε Μιθριδάτην καὶ Τιγράνην.
 - Plut., Pomp., 30, 4-5
4 τὸν δῆμον φοβηθέντες ἐξέλιπον καὶ κατεσιώπησαν οἱ λοιποί, Κάτλος δὲ τὸν νόμου πολλὰ κατηγορήσας καὶ τοῦ δημάρχου, μηδένα δὲ πείθων, ἐκέλευε τὴν βουλὴν ἀπὸ τοῦ βήματος κεκραγὼς πολλάκις ὄρος ζητεῖν, ὥσπερ οἱ πρόγονοι, καὶ κρημνόν, ὅπου καταφυγοῦσα διασώσει τὴν ἐλευθερίαν. 5. ἐκυρώθη δ᾽ οὖν ὁ νόμος, ὡς λέγουσι, πάσαις ταῖς φυλαῖς, καὶ κύριος ἀποδέδεικτο μὴ παρὼν ὁ Πομπήϊος ἁπάντων σχεδὸν ὧν ὁ Σύλλας ὅπλοις καὶ πολέμῳ τῆς πόλεως κρατήσας.
 - App., Mithr., 97, 446-7
ἐπὶ δὴ τούτοις ὀξέως τε οὕτω καὶ παραδόξως γενομένοις οἱ Ῥωμαῖοι τὸν Πομπήιον μέγα ἐπαίροντες, ἔτι ὄντα περὶ Κιλικίαν εἵλοντο τοῦ πρὸς Μιθριδάτην πολέμου στρατηγὸν ἐπὶ τῆς ὁμοίας ἐξουσίας, αὐτοκράτορα ὄντα, ὅπῃ θέλοι, συντίθεσθαί τε καὶ πολεμεῖν, καὶ φίλους ἢ πολεμίους Ῥωμαίοις οὓς δοκιμάσειε ποιεῖσθαι: στρατιᾶς τε πάσης, ὅση πέραν ἐστὶ τῆς Ἰταλίας, ἄρχειν ἔδωκαν. ἅπερ οὐδενί πω παντάπασι πρὸ τοῦδε ὁμοῦ πάντα ἐδόθη.
 - Dio, 36, 42, 4-43, 2
42, 4. τόν τε γὰρ τοῦ Τιγράνου καὶ τὸν τοῦ Μιθριδάτου πόλεμον, τήν τε Βιθυνίαν καὶ τὴν Κιλικίαν ἅμα ἀρχὴν αὐτῷ προσέταξεν. 43.1. ἀγανάκτησις μὲν γὰρ καὶ ἀντιλογία καὶ τότε παρὰ τῶν δυνατῶν, διά τε τἆλλα καὶ διότι ὅ τε Μάρκιος 2 καὶ ὁ Ἀκίλιος πρὶν 3 τὸν χρόνον σφίσι τῆς ἀρχῆς ἐξήκειν κατελύοντο, ἐγένετο. 2. ὁ δὲ ὅμιλος, καίτοι μικρὸν ἔμπροσθεν τοὺς ἄνδρας τοὺς καταστήσοντας τὰ ἑαλωκότα, ὡς καὶ διαπεπολεμηκὼς ἐξ ὧν σφίσιν ὁ Λούκουλλος ἐπεστάλκει, πέμψας, ὅμως ἐψηφίσατο αὐτά, ἐναγόντων σφᾶς ἐς τὰ μάλιστα τοῦ τε Καίσαρος καὶ τοῦ Κικέρωνος τοῦ Μάρκου.
 - Per. Liv., 100
C. Manilius tr. pl. magna indignatione nobilitatis legem tulit ut Pompeio Mithridaticum bellum mandaretur. Contio eius bona.
 - Eutr., 6, 12, 2
Mox ei delatum etiam bellum contra regem Mithridatem et Tigranem.

Bibliographie

  • Gelzer, M., « Das erste Konsulat des Pompeius und die Uebertragung der grossen Imperien », (Abh. Preuss. Ak. Wiss. 1943, 1 (= Kl. Schr., II, 146-189, notamment 181-184)
  • Gelzer, Pompeius, 86-89
  • Seager, Pompey, 39-43
  • Girardet, K.M., « Der Triumph des Pompeius im Jahre 61 v. Chr. - ex Asia ? », ZPE 89, 1991, 201-215 (= Rom auf dem Weg von der Republik zum Prinzipat, 69-88)
  • Girardet, K.M., « Imperium und Prouinciae des Pompeius seit 67 v. Chr. », CCG 3, 1992, 177-188, part. 182-184 (= Rom auf dem Weg von der Republik zum Prinzipat, 28-38)
  • Ferrary, J.-L., « Les Inscriptions du sanctuaire de Claros en l'honneur de Romains », BCH 124, 2000, 331-376 (= Rome et le monde grec, 379-431), part. 347-350

Commentaire

Comme pour la loi Gabinia (notice n° 404), et en dépit de l'apparente abondance des sources, notamment le pro lege Manilia de imperio Pompei de Cicéron, suasio en faveur de la rogatio (cf. Cic., Or., 102 Fuit ornandus in lege Manilia Pompeius : temperata oratione ornandi copiam persecuti sumus.), qui ne contient malheureusement aucune précision sur les mesures proposées par Manilius, il n'y a guère de détails que chez Plutarque, Appien et Dion Cassius. Le commandement confié à Pompée par la loi Gabinia était de trois ans, et il fut maintenu (Plutarque, Appien) ; s'y ajoutèrent comme prouincia supplémentaire la conduite de la guerre contre Mithridate et Tigrane ainsi que les provinces de Cilicie (attribuée en 68 à Q. Marcius Rex) et de Bithynie (attribuée en 67 à M'. Acilius Glabrio par une loi Gabinia (notice n° 408) ; avait également été prévue alors la réduction du Pont en province, mais Mithridate venait de reconquérir l'essentiel de son royaume) : Dion est sur ce point le plus précis, Plutarque paraissant ignorer le fait que Marcius Rex était en Cilicie, et que Lucullus n'avait plus à proprement parler de province depuis 67. Étaient mises sous le commandement de Pompée, outre celles de Glabrio et surtout de Marcius Rex, l'essentiel des troupes qui étaient encore sous le commandement de Lucullus (seuls 1 600 hommes revinrent avec Lucullus et participèrent à son triomphe ; les deux légions arrivées en Asie avec Flaccus et Fimbria avaient été rendues à la vie civile par la loi Gabinia (notice n° 408), mais reprirent du service sous Pompée : sur l'armée de Pompée dans les années 66-62, voir Brunt, IM, 457-60).

Plusieurs points restent obscurs :

a) Les sources ne disent pas jusqu'à quand ce nouveau commandement était attribué : probablement jusqu'à ce que fût achevée la guerre contre Mithridate et Tigrane (Girardet 1992, 183) ; le commandement attribué par la loi Gabinia dut être prolongé d'autant : en 63 encore L. Gellius avait le commandement d'une flotte (Cic., Red. Quir., 17audistis eo tempore clarissimi uiri non solum auctoritatem, sed etiam testimonium, L. Gelli; qui quia suam classem adtemptatam magno cum suo periculo paene sensit, dixit in contione uestrum, si ego, consul cum fui, non fuissem, rem publicam funditus interituram fuisse.), sans doute celle qu'il avait reçue en 67 comme légat propréteur de Pompée.

b) La province d'Asie continua d'être gouvernée par des promagistrats de rang prétorien, et ne fut pas attribuée à Pompée comme elle l'avait été à Lucullus de 74 à 69 : il est vrai qu'elle n'était plus immédiatement menacée par Mithridate. Troublante est dans ces conditions la formule introductive des acta du triomphe de Pompée citée par Pline (Plin., Nat, 7, 98 Cum oram maritimam praedonibus liberasset et imperium maris populo romano restituisset ex Asia Ponto Armenia Paphlagonia Cappadocia Cilicia Syria Scythis Iudaeis Albanis Hiberia insula Creta Basternis et super haec de rege Mithridate atque Tigrane triumphauit.) : ex Asia... triumphauit. Mais la liste introduite par ex Asia n'est pas composée de provinces, et lorsqu'il y a des noms de provinces, ce sont des provinces créées par Pompée ou agrandies par ses conquêtes (Pont, Cilicie, Syrie, et même Crète). L'Asie doit ici désigner le continent dans son ensemble, plutôt que la province du même nom (Girardet 1991). Cela ne prouve donc pas que la loi Manilia aurait pourvu Pompée d'un imperium maius (en ce sens Gelzer, Pompeius, 89 et Seager, 42), et l'on doit même renoncer à l'hypothèse de Girardet (1991, 205 ; 1992, 183), que les gouverneurs d'Asie n'aient pas reçu le titre de proconsuls tant que Pompée était en Orient, de façon à éviter tout risque de conflit : deux inscriptions de Magnésie du Méandre (I. Magnesia, 144) et de Claros (Ferrary) montrent que L. Valerius Flaccus était proconsul lorsqu'il gouverna l'Asie en 62. Les difficultés de 67 avaient été le fait d'un consul et d'un consulaire ; il n'était pas à craindre qu'un gouverneur d'Asie de rang prétorien, même pourvu du titre de proconsul, se permît pareille attitude. Il s'agissait d'une question d'auctoritas, non de pure hiérarchie des imperia [(idem A. Dalla Rosa, Cura et tutela. Le origini del potere imperiale sulle province proconsolari, Stuttgart, 2014, 78-79 ; autre argumentation dans F. K. Drogula, Commanders & Command in the Roman Republic and Early Empire, Chapel Hill, 2015, 323-325)].

c) Selon Appien, la loi Manilia aurait donné à Pompée le même pouvoir qu'avant (c.-à-d. en vertu de la loi Gabinia) de faire à son gré la paix et la guerre et de proclamer qui il voulait ami ou ennemi du peuple romain. Cela est pour le moins exagéré, car en vertu des deux lois Pompée était chargé de faire la guerre à des ennemis déterminés, et ses actes restaient soumis à la ratification du Sénat : elle tarda tant, on le sait, qu'il dut avoir recours à une loi Iulia de 59 (notice n° 431). Le texte d'Appien, toutefois, s'explique peut-être par la présence dans la loi Manilia de clauses exemptant Pompée des règles (formulées notamment par la loi Cornelia de maiestate) qui interdisaient à un magistrat ou promagistrat de sortir de sa province.

Comment citer cette notice

Jean-Louis Ferrary. "Loi Manilia (pl.sc.) confiant à Pompée le commandement de la guerre contre Mithridate et Tigrane ainsi que les provinces de Pamphylie et Cilicie", dans Lepor. Leges Populi Romani, sous la dir. de Jean-Louis Ferrary et de Philippe Moreau. [En ligne]. Paris:IRHT-TELMA, 2007. URL : http://www.cn-telma.fr/lepor/notice534/. Date de mise à jour :10/02/23 .