Nom de la loi

Loi Sempronia (pl. sc.) accordant l’imperium à L. Aemilius Paullus, L. Anicius Gallus et Cn. Octavius pour le jour de leur triomphe

Date

167 av. J.-C.

Rogator

Ti. Sempronius (RE 12)

Thèmes

Sources

Liv., 45, 35, 4
Tribus iis omnibus decretus est ab senatu triumphus mandatumque Q. Cassio praetori cum tribunis plebis ageret ex auctoritate patrum rogationem ad plebem ferrent ut iis, quo die urbem triumphantes inueherentur, imperium esset.
 - Liv., 45, 35, 8-9
8. Sed eos Ser. Sulpicius Galba, qui tribunus militum secundae legionis in Macedonia fuerat, priuatim imperatori inimicus, prensando ipse et per suae legionis milites sollicitando stimulauerat, ut frequentes ad suffragium adessent. 9. Imperiosum ducem et malignum antiquando rogationem, quae de triumpho eius ferretur, ulciscerentur. Plebem urbanam secuturam esse militum iudicia.
 - Liv., 45, 36, 1-3
1. His incitatis cum in Capitolio rogationem eam Ti. Sempronius tribunus plebis ferret et priuatis de lege dicendi locus esset et ad suadendum, ut re minime dubia, haud quisque procederet, 2. Ser. Galba repente processit et a tribunis postulauit ut, quoniam hora iam octaua diei esset, nec satis temporis ad demonstrandum haberet cur L. Aemilium non iuberent triumphare, in posterum diem different et mane eam rem agerent : integro sibi die ad causam eam orandam opus esse. 3. Cum tribuni dicere eo die, si uellet, iuberent, in noctem rem dicendo extraxit
 - Liv., 45, 36, 6-7
6. His uocibus incitati postero die milites tanta frequentia Capitolium compleuerunt, ut aditus nulli praeterea ad suffragium ferendum esset. 7. Intro uocatae primae tribus cum antiquarent, concursus ib Capitolium principum ciuitatis factus est
 - Liv., 45, 36, 9-10
9. M. Servilius, qui consul et magister equitum fuerat, ut de integro eam rem agerent ab tribunis petere, dicendique sibi ad populum potestatem facerent. 10. Tribuni cum ad deliberandum secessissent, uicti auctoritatibus principum de integro agere coeperunt, reuocaturum se easdem tribus pronuntiarunt
 - Liv., 45, 40, 5
Alterum tantum pediti daturum fuisse credunt et pro rata aliis, si aut in suffragio honori eius fauissent, aut benigne hac ipsa summa pronuntiata acclamassent
 - Plut., Aem., 30, 6 – 31, 3
6. Ἐνεὶς δὲ πολλὰς τῷ στρατιωτικῷ πλήθει διαβολὰς κατὰ τοῦ στρατηγοῦ καὶ τὴν οὖσαν ὀργὴν ἔτι μᾶλλον ἐξερεθίσας ᾐτεῖτο παρὰ τῶν δημάρχων ἄλλην ἡμέραν … 7. Τῶν δὲ δημάρχων λέγειν αὐτὸν, εἴ τι βούλεται, κελευόντων, ἀρξάμενος μακρῷ καὶ βλασφημίας ἔχοντι παντοδαπὰς χρῆσθαι λόγῳ τὸν χρόνον ἀνήλωσε τῆς ἡμέρας … 31, 1. Ἅμα δ᾽ἡμερᾳ τῆς ψήφου δοθείσης ἥ τε πρώτη φυλὴ τὸν θρίαμβον ἀπεψηφίζετο … 3. Ὠσάμενοι δὲ τὸν ὄχλον καὶ ἀναβάντες ἁθρόοι τοῖς δημάρχοις ἔλεγον ἐπισχεῖν τὴν ψηφοφορίαν ἄχρι ἄν διέλθωσιν ἅ βούλονται πρὸς τὸ πλῆθος.
 - Plut., Aem., 32, 1
Οὔτω φασὶν ὑπο τῶν λόγων τούτων ἀνακοπῆναι καὶ μεταβαλεῖν τὸ στρατιωτικὸν ὥστε πάσαις ταῖς φυλαῖς ἐπικυρωθῆναι τῷ Αἰμιλίῳ τὸν θρίαμβον.

Bibliographie

  • Rotondi, LPR, 285
  • Richardson, J. S., « The triumph, the praetors and the Senate in the early second century B.C. », (JRS 65, 1975, 50-63, part. 59
  • Petrucci, A., Il trionfo nella storia costituzionale romana dagli inizi della Repubblica ad Augusto, Milan, 1996, 124-130
  • Beard, M., The Roman triumph, Cambridge (Mass.)-Londres, 2007, 202-205
  • Rich, J., « The Triumph in the Roman Republic: Frequency, Fluctuation and Policy », dans C. H. Lange, F. J. Vervaet (éd.), The Roman Republican Triumph Beyond the Spectacle, Rome, 2014, 197-258, part. 210

Commentaire

À l’issue de la troisième guerre de Macédoine, le Sénat accorda le triomphe à L. Aemilius Paullus pour sa victoire sur Persée, à L. Anicius Gallus pour celle sur Genthius et à Cn. Octavius pour sa victoire navale, et chargea le préteur urbain Q. Cassius de faire porter par les tribuns un pl. sc. conférant aux trois promagistrats l'imperium pour le jour de la cérémonie (Liv., 45, 35, 4Tribus iis omnibus decretus est ab senatu triumphus mandatumque Q. Cassio praetori cum tribunis plebis ageret ex auctoritate patrum rogationem ad plebem ferrent ut iis, quo die urbem triumphantes inueherentur, imperium esset.). Il y eut certainement, malgré l’emploi du singulier par Tite-Live : rogationem (Liv. 45, 35, 4) et lege ((Liv. 45, 36, 1), non pas une, mais trois rogationes. Tite-Live indique en effet qu'il n'y eut pas d'hésitation pour Anicius et Octavius (Liv., 45, 35, 5Nec de Anicii nec de Octauii triumpho dubitatum est.), et les sources concordent pour indiquer que leurs triomphes furent célébrés (Broughton, MRR I, 434) - ce qui confirme rétrospectivement que les pl. sc. les concernant furent votés -, mais qu'en revanche la rogatio qui concernait le triomphe de Paul Émile, introduite par le tribun Ti. Sempronius (Liv., 45, 36, 1-2His incitatis cum in Capitolio rogationem eam Ti. Sempronius tribunus plebis ferret et priuatis <de> lege dicendi locus esset <et> ad suadendum, ut in re minime dubia, haud quisquam procederet, 2. Ser. Galba repente processit et a tribunis postulauit, ut, quoniam hora iam octaua diei esset, nec satis temporis ad demonstrandum haberet, cur L. Aemilium non iuberent triumphare, in posterum diem differrent et mane eam rem agerent: integro sibi die ad causam eam orandam opus esse.), faillit être rejetée.

L’ensemble de l’épisode fait l’objet d’un très long développement chez Tite-Live (45, 36-41), occasion pour lui de traiter des thématiques générales par le biais notamment de discours soigneusement élaborés (voir M. R. Pelikan Pittenger, Contested Triumphs : Politics, Pageantry and Performance in Livy’s Republican Rome, Berkeley, 2008, 246-274). Pour cette raison, nous disposons d’informations beaucoup plus détaillées que d’ordinaire, en premier lieu sur les conditions juridiques d’obtention du triomphe, notamment la nécessité d’un vote de la plèbe pour permettre aux proconsuls de conserver leur imperium à l’intérieur de la Ville jusqu’à la fin de la cérémonie triomphale. Cette contrainte légale, dont on reconnaît généralement qu’elle ne concerne que les promagistrats (Rich), et dont les raisons de fond restent disputées (entre ceux qui considèrent qu’elle porte sur l’imperium et ceux qui mettent au premier plan l’auspicium : cf. Beard), n’est attestée explicitement qu’à propos de ce triple triomphe de 167 et de l’ouatio de Marcellus en 211 (Liv., 26, 21, 5 Tribuni plebis ex auctoritate senatus ad populum tulerunt ut M. Marcello quo die urbem ouans iniret imperium esset.: voir notice 295). Mais les indices indirects dont on dispose pour le Ier siècle sur sa nécessité sont solides, notamment pour le triomphe de C. Pomptinus en 54 (notice 699), qui faillit ne pas avoir lieu à cause des protestations de deux préteurs et d’un tribun de la plèbe sur les conditions du vote de ce pl. sc. (Cic., Att., 4, 18, 4 Pomptinus uult a. d. IIII. Non. Nou. triumphare. Huic obuiam Cato et Seruilius praetores ad portam et Q. Mucius tribunus. Negant enim latum de imperio, et est latum hercule insulse. ; Dio, 39, 65, 1-21. Κἀν τούτῳ καὶ ὁ Πομπτῖνος ὁ Γάιος τὰ ἐπινίκια τὰ τῶν Γαλατῶν ἔπεμψεν· ἐς γὰρ ἐκεῖνο τοῦ χρόνου, μηδενὸς οἱ διδόντος αὐτὰ, ἔξω τοῦ πωμηρίου διέμεινε. 2. Καὶ τότε δ᾽ἂν αὐτῶν ἥμαρτεν, εἰ μὴ ὁ Γάλβας ὁ Σέρουιος συστρατευσάμενος αὐτῷ, κρύφα καὶ ὑπὸ τὴν ἕω τὴν ψῆφον τισι (καίπερ οὐκ ἐξὸν ἐκ τῶν νόμων πρὶν πρώτην ὥραν γενέσθαι ἐντῷ δήμῳ τι χρηματισθῆναι) ἔδωκε. Καὶ διὰ τοῦτο τῶν δημάρχων τινὲς ἀπολειφθέντες τῆς ἐκκλησίας ἐν γοῦν τῇ πομπῇ πράγματα αὐτῷ παρέσχον, ὥστε καὶ σφαγὰς συμβῆναι.), et pour celui de Lucullus, où le vote fut acquis difficilement (Plut., Luc., 37, 2Οἱ πρῶτοι καὶ δυνατώτατοι καταμίξαντες ἑαυτοὺς ταῖς φυλαῖς πολλῇ δεήσει καὶ σπουδῇ μόλις ἔπεισαν τὸν δῆμον ἐπιτρέψαι θριαμβεῦσαι.).

Que le vote d’un tel pl. sc. soit d’ordinaire une formalité n’est pas douteux (Rich ; Beard est hésitante), et le silence des sources s’explique certainement ainsi : c’est au sein du Sénat que se décidait l’autorisation de triompher, et, une fois celle-ci acquise, le vote du pl. sc. sur l’ imperium du futur triomphateur, auquel le Sénat prescrivait de procéder, allait de soi. Les expressions employées par les auteurs à propos de Paul Émile montrent en revanche que, exceptionnellement, l’enjeu s’est déplacé de la délibération sénatoriale au vote populaire : Tite-Live désigne ce pl. sc. comme une rogatio de triumpho (Liv., 45, 35, 9), et Plutarque parle de « ratifier le triomphe » (Plut., Aem., 32, 1 Οὔτω φασὶν ὑπο τῶν λόγων τούτων ἀνακοπῆναι καὶ μεταβαλεῖν τὸ στρατιωτικὸν ὥστε πάσαις ταῖς φυλαῖς ἐπικυρωθῆναι τῷ Αἰμιλίῳ τὸν θρίαμβον. : ἐπικυρωθῆναι τὸν θρίαμβον). Ces formulations ont incité Petrucci à considérer, à tort nous semble-t-il, que ce pl. sc. de 167 comportait une nouveauté remarquable : le rôle du peuple dans la concession du triomphe lui-même, dont l’octroi de l’ imperium pour le jour de la célébration ne serait qu’une conséquence.

Le récit très circonstancié de Tite-Live présente aussi l’avantage de faire connaître un type de manipulation du vote des tribus dont on n’a pas d’autre exemple. En effet, la rogatio du tribun Ti. Sempronius fut près d’être rejetée. Les soldats de l’armée de Paul Émile, revenus à Rome avec lui et frustrés par la rigueur de la discipline qu'il avait imposée et par sa parcimonie dans la distribution du butin, furent poussés par l’un de ses tribuns militaires, Ser. Sulpicius Galba, qui s’adressa à eux dans la contio convoquée par le tribun la veille du vote, à se venger de leur général en se rendant en nombre à l’assemblée, pour entraîner les autres citoyens, et en rejetant la rogatio (Liv., 45, 35, 8-98. Sed eos Ser. Sulpicius Galba, qui tribunus militum secundae legionis in Macedonia fuerat, priuatim imperatori inimicus, prensando ipse et per suae legionis milites sollicitando stimulauerat, ut frequentes ad suffragium adessent. 9. Imperiosum ducem et malignum antiquando rogationem, quae de triumpho eius ferretur, ulciscerentur. Plebem urbanam secuturam esse militum iudicia.). Effectivement le vote de la première tribu (celle qu’on appelle principium, et dont le choix passe pour influencer grandement les suivantes), selon Plutarque (Plut., Aem., 31, 1 Ἅμα δ᾽ἡμερᾳ τῆς ψήφου δοθείσης ἥ τε πρώτη φυλὴ τὸν θρίαμβον ἀπεψηφίζετο. : ἥ τε πρώτη φυλὴ) ; des premières tribus, selon Tite-Live (Liv., 45, 36, 7Intro uocatae primae tribus cum antiquarent, concursus in Capitolium principum ciuitatis factus est.), fut négatif. Les opérations de vote furent alors interrompues sous la pression des sénateurs les plus influents, qui contraignirent les tribuns à les recommencer entièrement (de integro) après avoir réuni une nouvelle contio pour permettre aux partisans de la rogatio de s’exprimer (Liv., 45, 36, 9-109. M. Servilius, qui consul et magister equitum fuerat, ut de integro eam rem agerent ab tribunis petere, dicendique sibi ad populum potestatem facerent. 10. Tribuni cum ad deliberandum secessissent, uicti auctoritatibus principum de integro agere coeperuntn reuocaturum se easdem tribus pronuntiarunt.) – c’est là que se place le fameux discours du consulaire M. Servilius longuement développé par Tite-Live (Liv., 45, 37-39). Une lacune nous prive de la fin de son récit, mais on sait par Plutarque que le vote des tribus fut alors unanime en faveur de Paul Émile (Plut., Aem., 32, 1Οὔτω φασὶν ὑπο τῶν λόγων τούτων ἀνακοπῆναι καὶ μεταβαλεῖν τὸ στρατιωτικὸν ὥστε πάσαις ταῖς φυλαῖς ἐπικυρωθῆναι τῷ Αἰμιλίῳ τὸν θρίαμβον.). Le seul cas que l’on puisse rapprocher de celui-ci concerne les comices centuriates : c’est celui du vote de la déclaration de guerre au roi de Macédoine en 200, qui dut être réitéré (également de integro, et avec une nouvelle contio préalable) avant d’aboutir à ce que souhaitait le Sénat (Liv., 31, 6, 3 – 8, 1).

Enfin, l’auteur du De uiris illustribus est le seul à indiquer qu’après la célébration du triomphe de Paul Émile « le peuple et le Sénat lui accordèrent le droit de revêtir le costume triomphal aux ludi circenses » (Vir. ill., 56, 5Ei a populo et a senatu concessum est ut ludis circensibus triumphali ueste uteretur.), une information suspecte (voir notice 293).

Comment citer cette notice

Marianne Coudry. "Loi Sempronia (pl. sc.) accordant l’imperium à L. Aemilius Paullus, L. Anicius Gallus et Cn. Octavius pour le jour de leur triomphe ", dans Lepor. Leges Populi Romani, sous la dir. de Jean-Louis Ferrary et de Philippe Moreau. [En ligne]. Paris:IRHT-TELMA, 2007. URL : http://www.cn-telma.fr/lepor/notice679/. Date de mise à jour :03/04/23 .