Nom de la loi

Loi Clodia (pl. sc.) sur le tétrarque Galate Brogitaros

Date

58 av. J.-C.

Rogator

P. Clodius Pulcher (RE 48)

Thèmes

Sources

Cic., Sest., 56
etiam exteras nationes illius anni furore conquassatas uidebamus. Lege tribunicia Matris magnae Pessinuntius ille sacerdos expulsus et spoliatus sacerdotio est, fanumque sanctissimarum atque antiquissimarum religionum uenditum pecunia grandi Brogitaro, impuro homini atque indigno illa religione, praesertim cum eam sibi ille non colendi, sed uiolandi causa adpetisset; appellati reges a populo qui id numquam ne a senatu quidem postulassent.
 - Cic., Har. resp., 28-29
28. qui accepta pecunia Pessinuntem ipsum, sedem domiciliumque Matris deorum, uastaris, et Brogitaro Gallograeco, impuro homini ac nefario, cuius legati te tribuno diuidere in aede Castoris tuis operis nummos solebant, totum illum locum fanumque uendideris, sacerdotem ab ipsis aris puluinaribusque detraxeris (…) 29. Quod cum Deiotarus religione sua castissime tueretur, quem unum habemus in orbe terrarum fidelissimum huic imperio atque amantissimum nostri nominis, Brogitaro, ut ante dixi, addictum pecunia tradidisti. Atque hunc tamen Deiotarum saepe a senatu regali nomine dignum existimatum, clarissimorum imperatorum testimoniis ornatum, tu etiam regem appellari cum Brogitaro iubes. Sed alter est rex iudicio senatus per nos, pecunia Brogitarus per te appellatus . . . alterum putabo regem, si habuerit unde tibi soluat quod ei per syngrapham credidisti. Nam cum multa regia sunt in Deiotaro tum illa maxime, quod tibi nummum nullum dedit, quod eam partem legis tuae quae congruebat cum iudicio senatus, ut ipse rex esset, non repudiauit,

Bibliographie

  • Magie, RRAM , 1235-1238
  • Rawson, E., « The Eastern Clientelae of Clodius and the Claudii », Historia 22, 1973, 219-239, part. 236-237
  • Braund, D. C., Rome and the Friendly Kings. The Character of Client Kingship, Londres, 1984, 24
  • Sullivan, R.D., Near Eastern Royalty and Rome, 100-30 B.C., Toronto, 1990, 164-5 et 389-90.
  • Tatum, W.J., The Patrician Tribune. Publius Clodius Pulcher, Chapel Hill-Londres, 1999, 168-170
  • Fezzi, L., « La legislazione tribunizia di Publio Clodio Pulcro (58 A.C.) e la ricerca del consenso a Roma », SCO 47, 1999, 245-341, part. 307-311

Commentaire

[Pompée, à l’issue de la guerre mithridatique, avait simplifié l’organisation politique des tétrarchies galates, et privilégié Deiotaros, le tétrarque des Tolistoboges, pour le récompenser de sa fidélité de longue date aux Romains et de son aide, en lui accordant une partie des territoires pontiques et le royaume d’Arménie Mineure ; puis le titre royal lui avait été conféré par le Sénat, sans doute en 59. À son gendre Brogitaros était revenue la tétrarchie des Trocmes (Magie, 1237-1228, n. 41 ; Sullivan, 164-165).

En 58, Clodius fit voter une loi, dont les dispositions ne sont connues que par les propos très critiques de Cicéron, dans ses discours prononcés en 56 après son retour d’exil : seul l’appât du gain les aurait inspirées. La première disposition consistait à confier à Brogitaros le contrôle du célèbre sanctuaire de Cybèle (Magna Mater) à Pessinonte, qui se trouvait dans la tétrarchie de Deiotaros. Le choix du prêtre et les revenus du sanctuaire, que les Romains connaissaient bien depuis qu’ils avaient fait venir la statue de la déesse et introduit son culte au cours de la deuxième guerre punique (Cic., Har. resp., 27Hac igitur uate suadente quondam, defessa Italia Punico bello atque <ab> Hannibale uexata, sacra ista nostri maiores adscita ex Phrygia Romae conlocarunt; quae uir is accepit qui est optimus populi Romani iudicatus, P. Scipio, femina autem quae matronarum castissima putabatur, Q. Claudia, cuius priscam illam seueritatem [sacrifici] mirifice tua soror existimatur imitata. ; Strab., 12, 5, 3Πεσσινοῦς δ᾽ ἐστὶν ἐμπόριον τῶν ταύτῃ μέγιστον, ἱερὸν ἔχον τῆς μητρὸς τῶν θεῶν σεβασμοῦ μεγάλου τυγχάνον: καλοῦσι δ᾽ αὐτὴν Ἄγδιστιν. οἱ δ᾽ ἱερεῖς τὸ παλαιὸν μὲν δυνάσται τινὲς ἦσαν, ἱερωσύνην καρπούμενοι μεγάλην, νυνὶ δὲ τούτων μὲν αἱ τιμαὶ πολὺ μεμείωνται, τὸ δὲ ἐμπόριον συμμένει: κατεσκεύασται δ᾽ ὑπὸ τῶν Ἀτταλικῶν βασιλέων ἱεροπρεπῶς τὸ τέμενος ναῷ τε καὶ στοαῖς λευκολίθοις: ἐπιφανὲς δ᾽ ἐποίησαν Ῥωμαῖοι τὸ ἱερόν, ἀφίδρυμα ἐνθένδε τῆς θεοῦ μεταπεμψάμενοι κατὰ τοὺς τῆς Σιβύλλης χρησμούς.) changeaient de mains. La seconde disposition prévoyait l’octroi à Brogitaros du titre de roi, et la troisième – Cicéron distingue intentionnellement les deux mesures (Cic., Har. resp., 29Nam cum multa regia sunt in Deiotaro tum illa maxime, quod tibi nummum nullum dedit, quod eam partem legis tuae quae congruebat cum iudicio senatus, ut ipse rex esset, non repudiauit.) - étendait la mesure à Deiotaros, qui se l’était déjà vu accorder, sans doute par le Sénat, l’année précédente (Magie, 1238, mais les sources ne sont pas concordantes ; Tatum, 169, confond la simple attribution du titre royal avec celle du titre de rex socius et amicus ; sur ce point, voir Braund, 23-24).

La date de la loi ne peut être déterminée avec précision, malgré différentes hypothèses modernes (voir Fezzi, 307, n. 302), mais elle doit se placer au moment où Clodius, après le départ en exil de Cicéron et celui de Caton pour Chypre en mars (Cic., Dom., 66Me expulso, Catone amandato, in eum ipsum se conuertit quo auctore, quo adiutore in contionibus ea quae gerebat omnia quaeque gesserat se et fecisse et facere dicebat: Cn. Pompeium.), multiplie les actes hostiles à Pompée, de l’enlèvement du jeune Tigrane évoqué par Cicéron en mai (Cic., Att., 3, 8, 3Tigrane enim neglecto sublata sunt omnia.) à la tentative d’assassinat en août (Ascon., 41 St.Pisone et Gabinio coss. pulso Cicerone in exilium, cum III Id. Sextiles Pompeius in senatum uenit, dicitur seruo P. Clodii sica excidisse, eaque ad Gabinium consulem delata dictum est seruo imperatum a P. Clodio tu Pompeius occideretur.).

C’est ce contexte qui suggère une première interprétation des objectifs de la loi : la volonté de saper l’œuvre de Pompée en Asie en affaiblissant le roi Deiotaros qu’il avait privilégié aux dépens des autres tétrarques. L’enjeu n’était peut-être pas seulement le prestige de Pompée à Rome et l’effort de Clodius pour s’en affranchir : on a invoqué aussi son désir de s’inscrire dans la tradition des clientèles provinciales, orientales notamment, des Claudii, et leurs liens anciens avec le sanctuaire de Pessinonte (voir E. Rawson, « The Eastern Clientelae of Clodius and the Claudii », Historia, 22, 1973, 219-239, part. 235-237 ; Fezzi, 309). Un autre objectif était l’affirmation du rôle du peuple dans la sphère politique traditionnellement reconnue au Sénat, comme y visaient aussi la loi sur la provincialisation de Chypre et sur le retour des exilés de Byzance (notice n°109). Cicéron insiste pesamment sur le caractère anormal de l’attribution du titre royal par une loi : « Ce Deiotaros, que le Sénat a souvent jugé digne du titre royal (…), tu veux encore qu’il soit appelé roi en compagnie de Brogitaros ! Mais l’un a été fait roi par nous sur décision du Sénat, Brogitaros par toi pour de l’argent » (Cic., Har. resp., 29Atque hunc tamen Deiotarum saepe a senatu regali nomine dignum existimatum, clarissimorum imperatorum testimoniis ornatum, tu etiam regem appellari cum Brogitaro iubes. Sed alter est rex iudicio senatus per nos, pecunia Brogitarus per te appellatus ; cf. Braund, 24). De fait, tous les cas attestés d’attribution du titre de roi renvoient à une décision du Sénat. L’accusation de corruption portée par Cicéron, quoiqu’insistante (Cic., Dom., 129si tuus scriptor in illo incendio ciuitatis non syngraphas cum Byzantiis exsulibus et cum legatis Brogitari faceret, sed uacuo animo tibi ista non scita sed portenta conscriberet, esses omnia, si minus re, at uerbis legitimis consecutus. Sed uno tempore cautiones fiebant pecuniarum, foedera feriebantur prouinciarum, regum appellationes uenales erant. ; Cic., Har. resp., 58reges qui erant uendidit, qui non erant appellauit), et ce jusqu’en 55 où il fait part à Quintus du désir de Clodius d’obtenir une legatio libera – dont on sait qu’elles étaient un moyen de régler des affaires d’argent en province - auprès de Brogitaros (Cic., Ad Q. fr., 2, 7, 2Illud autem, quod cupit Clodius, est legatio aliqua—si minus per senatum, per populum—libera aut Byzantium aut ad Brogitarum aut utrumque: plena res nummorum.), relève de la polémique ordinaire.

La loi de 58 permit effectivement à Brogitaros d’exercer son contrôle sur le sanctuaire de Pessinonte, où il frappa monnaie, avec son titre de roi (S. Mitchell, Anatolia. Land, Men and Gods in Asia Minor, Oxford, 1993, I, 34, n. 83). Mais Deiotaros l’en chassa, au plus tard en 56, et y rétablit son autorité (Cic., Har. resp., 29quod Pessinuntem per scelus a te uiolatum et sacerdote sacrisque spoliatum reciperauit, ut in pristina religione seruaret, quod caerimonias ab omni uetustate acceptas a Brogitaro pollui non sinit, mauultque generum suum munere tuo quam illud fanum antiquitate religionis carere.).]

Comment citer cette notice

Jean-Louis Ferrary. "Loi Clodia (pl. sc.) sur le tétrarque Galate Brogitaros", dans Lepor. Leges Populi Romani, sous la dir. de Jean-Louis Ferrary et de Philippe Moreau. [En ligne]. Paris:IRHT-TELMA, 2007. URL : http://www.cn-telma.fr/lepor/notice108/. Date de mise à jour :17/03/23 .